Sie sind hier: Sorben und EU Globalisation et transmission du patrimoine sorabe  
 SORBEN UND EU
Lausitzer Sorben und EU
Die Lausitz und die EU
Vorteile durch "2 Plus"
Globalisation et transmission du patrimoine sorabe

GLOBALISATION ET TRANSMISSION DU PATRIMOINE SORABE

Globalisation et transmission du patrimoine sorabe

L'influence du phénomène de globalisation sur la transmission de l'héritage culturel et linguistique aux jeunes générations de Sorabes
(Article destiné à des milieux francophones s'intéressant à la culture sorabe)

Pour répondre à la question de l'impact de la globalisation sur la transmission du patrimoine culturel aux jeunes Sorabes, je remonterai jusqu'à l'année 1990, où les premiers effets de la disparition de la frontière entre la RFA et la RDA se sont fait sentir. A partir de cette année, la jeunesse sorabe entre en contact avec le monde occidental en continuelle évolution culturelle, économique, politique, sociale et religieuse. La jeunesse sorabe sort du microcosme qui était celui du peuple sorabe pendant des siècles et qui a subsisté d'une certaine manière sous les deux régimes totalitaires du 20e siècle. Elle suit depuis dix années avec une curiosité grandissante ce qui se passe ailleurs, et cela ne reste pas sans conséquences.

Regardons les faits! Aujourd'hui, la culture sorabe traditionnelle, telle qu'elle a été encore vécue il y a 20 ou 30 ans, n'intéresse de loin pas tous les jeunes Sorabes. Ce qu'ils trouvent sur le "marché" culturel sorabe - théâtre, radio, littérature (lecture) - ne fascine qu'une minorité. Par contre, ils sont, en général, ouverts à certaines offres culturelles d'aujourd'hui dont le genre et la forme correspondent à leur attente, attente qui ressemble à celle des jeunes d'autres régions et d'autres pays toujours mieux connus des jeunes Sorabes grâce aux médias (il convient de souligner à ce sujet le rôle éminent de l'Internet) et aux voyages. Ce qui est "cool" aux yeux de la jeunesse " en général ", l'est aussi à leurs yeux. Ils veulent connaître les tendances (trends) qui marquent les domaines les plus divers (la culture y comprise) et ils désirent les vivre d'une certaine manière. C'est là un désir qui est, en principe, celui de la jeunesse de tous les temps et qui présente, par conséquent, un caractère pour ainsi dire global. Si le "marché" culturel sorabe réussit - pour le moment, ce n'est pas encore le cas - à accéder à ce désir en utilisant à cet effet les possibilités offertes par la culture, la langue sorabe, on pourra alors également constater un regain d'intérêt pour cette dernière.

C'est justement à cette étape de ma réflexion que je veux m'arrêter un instant et attirer l'attention sur trois constatations que l'ethnologue et historien tchèque Leos Satava, de l'Institut sorabe à Bautzen, a faites dans un article paru dans le journal "Serbske Nowiny" du 2 novembre 2001. Satava y décrit ses observations sur le thème "Culture sorabe et jeunesse". Ce qu'il y dit rejoint plus ou moins ce qu'ont pu constater l'abbé Mercin Delenk, aumônier de la jeunesse sorabe du décanat de Bautzen, et d'autres personnes en contact fréquent avec les jeunes Sorabes:
L'attitude des élèves sorabes plus âgés (13 à 16 ans, âge déterminant) à l'égard de leur propre langue, de leur propre culture n'est pas uniforme.

Un tiers des élèves a une relation active avec leur langue, leur culture. Il s'agit là souvent de jeunes qui vivent dans une ambiance sociale (famille, Eglise, école) favorable à la sauvegarde du patrimoine culturel que l'on désire transmettre aux descendants en l'adaptant, si cela s'avère nécessaire, aux exigences du temps actuel. Une telle ambiance motive les jeunes gens qui vivent dans ce milieu et les incite à approfondir leur connaissance de la langue sorabe et à se familiariser encore davantage avec leur culture.
Tout en étant ouverts - comme c'est le cas de la jeunesse en général - aux nouvelles technologies, à d'autres cultures, ils continueront à apprécier les avantages pratiques et psychologiques de leur appartenance à une culture, à une langue liées au monde social dans lequel ils grandissent. Ils subiront au moins indirectement les pressions inévitables du marché global, mais ils ne se détourneront pas si vite de leur culture, dans laquelle ils se sentent enracinés, à l'aise et qui est pour eux un sujet de fierté. Ils deviendront plus tard souvent de bons cosmopolites, ils seront prêts à accepter les autres, au-delà de toute frontière, à collaborer avec eux, mais ils ne deviendront pas nécessairement les adeptes d'une culture " globale ".
Si l'on parvient - comme je l'ai dit plus haut - à répondre à leur attente de jeunes gens ouverts au monde en leur offrant des médias (au sens large du terme) sorabes également ouverts au monde et à ses tendances, on n'aura rien à craindre, ces prochains temps, pour la culture, la langue sorabe, du moins chez cette catégorie de jeunes.

Quant aux autres deux tiers d'élèves sorabes, la situation est nettement moins favorable au maintien de la culture sorabe. Là, nous avons affaire à de jeunes gens qui vivent dans un milieu social où la langue, la culture, la nationalité sorabes ne jouent pas de rôle important. N'étant liés que faiblement à ces valeurs, ces jeunes ne feront pas d'effort pour s'en rapprocher davantage; tout au contraire, ils s'en éloigneront et, plus tard, ils ne transmettront pas à leurs descendants un patrimoine déjà plus ou moins ignoré par eux-mêmes. Certains d'entre eux rejetteront même toute idée d'une identité sorabe.
Si les médias sorabes ne parviennent pas à s'ouvrir suffisamment au monde d'aujourd'hui, les jeunes de cette deuxième catégorie qui - comme la plupart des jeunes gens de notre temps - aspirent à vivre ce qu'offre ce monde, seront facilement démotivés et se détourneront définitivement de ce qui aurait pu faire leur identité sorabe - la culture, le sens de la nation et, pour les Sorabes catholiques, la religion - et rejoindront la masse des fervents de la culture " globale " . Ils le feront d'autant plus facilement qu'ils ne connaissent presque plus les valeurs de leur propre culture. N'ayant pas de solides racines culturelles et nationales, ils se sentiront inférieurs aux autres et deviendront rapidement la proie d'une culture où rien ne distingue les uns des autres, l'individu ayant renoncé à son identité culturelle.

Ajoutons à ces deux constatations la troisième citée par Satava, qui concerne également les deux catégories d'élèves déjà mentionnées:
Les élèves âgés de 13 à 16 ans subissent beaucoup plus que leurs parents l'influence de la double identité, à savoir l'identité sorabe et l'identité allemande. Voilà, qui ne facilite pas les choses! La vie de tous les jours ne rappelle que trop souvent les problèmes provoqués par cette double identité.
N'oublions pas non plus les problèmes dus à une mobilité de plus en plus grande qui est fréquemment la conséquence directe ou indirecte des contraintes exercées par le marché global et auxquelles il est difficile de résister!
Vu cette situation complexe, on peut facilement mesurer l'effort que doivent faire ceux et celles qui désirent transmettre la culture sorabe aux jeunes. Leur tâche sera plus facile auprès des jeunes gens de la première catégorie, elle sera extrêmement difficile pour ce qui est des jeunes de la deuxième catégorie où le terrain est aride. Dans l'un et l'autre cas, il faudra faire un effort d'adaptation et s'ouvrir aux nouvelles (?) valeurs du " village global ", sans pour autant renier les valeurs de sa propre culture. Si cet effort est fait en utilisant et en adaptant les moyens que la culture sorabe peut rendre disponibles, on peut espérer pour les jeunes gens de la première catégorie et ne pas désespérer totalement quant aux jeunes de la deuxième.

Inutile de dire qu'on n'améliore pas la situation en fermant des écoles sorabes comme celle de Crostwitz, où l'on vit encore intensément la culture sorabe. On ne l'améliore pas non plus en cassant le système scolaire sorabe et en essayant de le remplacer par un système centraliste calqué sur un modèle qui peut éventuellement convenir à une population numériquement importante. Le danger qui vient de cette situation me semble bien plus important que celui qui pourrait être imputé à la globalisation.
Ce n'est pas la globalisation en elle-même qui est dangereuse pour la culture sorabe, ce sont les conditions, les circonstances dans lesquelles on vit la globalisation qui constituent la vraie menace pour celle-ci.

Pour terminer, est-il nécessaire de dire une fois de plus qu'en continuant de traiter les affaires culturelles du peuple sorabe "à la Crostwitz", c'est-à-dire sans faire preuve de la sensibilité si nécessaire dans ce domaine, on humilie - involontairement, je veux bien - tout un peuple et on donne aux jeunes gens l'impression d'appartenir à une minorité qualifiée pratiquement de "quantité négligeable", ce qui ne fait qu'affaiblir la position de la culture sorabe dans le contexte de la globalisation.

Hugo Ernst Handrick Cesla
Jan. 2002 (revu en nov. 2005)